Vivre et Travailler

31.07.2013
|

 

" Travail : de l’ancien français travail « tourment, souffrance» et du latin tripalium  « instrument de torture à trois poutres ». Activité de l'homme appliquée à la productionAutre sens : altération ou déformation d'une matière. "

 

Je regarde par la fenêtre du train de banlieue qui me ramène vers Paris intra-muros et je pose mon front, brûlant de la chaleur de ces dernières journées d'été, contre le plexiglas froid de la vitre. Mon stage a commencé il y a quelques semaines. J'entrevois pour la première fois ce que pourrait être réellement et concrètement mon avenir dans le monde professionnel.

Le travail. Un sujet sur lequel je me suis toujours posé beaucoup de questions. Ces quelques semaines, j'expérimente la vie de milliers de Franciliens : de longues journées, des heures passées dans les transports. "Métro-boulot-dodo" : je prends la pleine mesure de ce petit dicton acide. 

Mon stage est passionnant et j'y apprends beaucoup. Mais en dehors de l'intérêt que peut avoir une profession, je m'interroge sur la place du travail et l'importance qu'il peut prendre. 

Certes, on peut s'y épanouir. Pourtant, je le pense, ce n'est pas le cas pour une majorité de personnes. Selon un sondage scientifique récent, on aurait besoin de travailler seulement une heure par jour pour s'épanouir.

Pourquoi travaille-t-on alors ? Pour le rôle social qu'on doit tenir ? Ou plus rationnellement, pour l'argent, pour la subsistance pécuniaire ?

Clairement, on passe la plus grande partie de sa vie à travailler. Pourtant, c'est comme si il y avait une barrière psychologique invisible entre "le travail" et "la vraie vie". Passe-t-on la moitié de sa vie à ne pas la vivre ? Est-ce qu'on passe sa vie à la gagner ? Peut-être.

J'ai en tête l'image de ces cadres, bien avancés dans leurs carrières, enchaînant des semaines à 80 heures, éreintés et qui payent une petite fortune une semaine de "repos" dans un Club Med au Maroc.

Toujours plus de travail, toujours plus d'argent, toujours plus de responsabilités et de stress, toujours moins de vie. Une spirale infernale ?

Il y a quelques années, je clamais haut et fort " J'ai de l'ambition. Je veux faire carrière ! ". Aujourd'hui, je me sens bien loin de cette lycéenne passionnée. Avant même d'entrer réellement dans ce monde, je le sens m'aspirer et me vider de mes forces. Comme l'impression de mettre un pied dans un piège qui m'engloutira toute entière.

Je ne veux pas. Je ne veux pas travailler plus pour gagner plus d'argent. Je veux exactement l'inverse. Travailler un minimum pour pouvoir profiter pleinement de ma vie.

Pour ça, je pense qu'on peut agir : en se contentant de peu, en ayant peu de besoins et de désirs de consommation, on freine cette spirale du toujours plus. Toujours plus de choses, plus d'argent donc de travail. Je souhaite un salaire correct pour une vie simple. 

Bien sûr, ce n'est pas aussi simple. Toutes les réponses sont loin d'être à ma portée et les frontières sont mouvantes. Mais, sur la ligne P, j'observe tous ces visages et leur regard, fatigué et hagard, comme vidé de toute énergie et de toute envie. Dans la vitre en plexiglas, je me surprends à apercevoir, parfois, cette même lueur dans mes yeux. Et vite, je me promets que je ferai tout pour ne pas suivre ce chemin-là.

Sur ce sujet, je vous conseille le très bon documentaire de Pierre Carles, Attention danger travail. C'est un peu vieillot mais toujours aussi parlant.

9 Commentaires:

  1. Je me suis posé les mêmes questions en sortant des études : pourquoi alors que la vie a une date limite, on se tue au travail en la regardant passer ? Comme toi je me suis dit que c'était hors de question, que je ferais ce fameux minimum pour une vie simple mais dont je profiterais plus. Et finalement, quelques années plus tard dans le monde du travail j'ai compris. On ne peut pas lutter, parce que vivre il faut de l'argent et que le minimum ne permet pas de faire face aux imprévus (et c'est dingue à quel point il y a beaucoup d'imprévus dans une année…). Alors même si bosser 80h par semaine c'est exagéré, vivre en région parisienne avec seulement le smic c'est pas vivable. Perso j'essaie de bosser plus que 35h, parce que je me dis que ces sous en plus permettront d'améliorer mon confort de vie ce qui permettra d'être plus en forme malgré la semaine de travail, ou peut-être même d'emmenager près de mon lieu de travail ce qui me ferait zapper le trajet (ce qui est clairement le plus plombant de la journée) etc etc…

    En bref, à moins de changer de région et de choisir une activité très rentable (peu d'heures mais salaire élevé) ce que tu projettes de faire me parait hors-réalité. Mais c'est une chose que tu constateras peut-être avec l'expérience. C'est triste comme constat, et la petite fille en moi souhaite très fort que tu prouves le contraire, que ça peut marche, que c'est vivable ! :)

    • C’est vrai, mon raisonnement peut paraître utopique, même à moi-même ! Mais j’espère y arriver, en gardant à l’esprit ces envies ; le temps et l’expérience me diront si je fais fausse route :  )

  2. Je poursuis les mêmes aspiratioins, mais je ne vois pas encore comment cela peut se réaliser. à moins de sortir complètement du circuit et du mode de consomation mécanique que l'on connait.

    • Avec le temps et la carrière, j’ai envie comme l’impression que les besoins de consommation grandissent et c’est ce qui fait selon moi qu’on entre dans une spirale malsaine du travailler pour consommer. Je pense par exemple au fait de louer/d’acheter un logement plus grand, ce qui implique plus de dépenses, inévitablement. Ce que je voudrais éviter, c’est cela avant tout. Je voudrais faire en sorte de pouvoir vivre avec peu :)

  3. Je r^ve tout comme toi de pouvoir vivre avec moins, loin d'un société de consommation qui nous mange toujours plus. Mais ce n'est certainement pas à Paris que j'arriverais à ce but. Je ne veux absolument pas perdre ma vie à la gagner. 

    • Oui je suis tout à fait d’accord, c’est une aspiration qui me paraît incompatible avec la vie à Paris :)

  4. J'en viens à avoir le même raisonnement, ce qui me conduit à réfléchir pour bosser en freelance : la seule contrainte pour moi, c'est de trouver des clients régulièrement. Pour le reste, je sais bosser en autonomie et je pourrais gérer mon emploi du temps pour vivre en travaillant et non l'inverse…

    • C’est vrai que la vie de freelance paraît un bon compromis au premier abord pour cela :)

  5. Il vous faut déjà définir un salaire correct. A combien l'estimez-vous pour vous ? Je suis plus âgée que vous et je travaille depuis près de 20 ans maintenant. J'ai été très ambitieuse et j'ai exercé des métiers ou je gagnais bien. Mais il y a huit ans, j'ai eu un déclic, je gachais ma vie et j'ai changé de travail pour un travail plus administratif ou je ne travaille que 35 h et ou mon salaire correct se situe à 1600 € net. Je sais pour certain(e) c'est peu et pourtant c'est suffisant pour vivre et se faire plaisir. Concernant le non dépassement des 35h, je suis très stricte là-dessus. Il faut dire que je vis près de la frontière allemande et qu'il est très mal vu en Allemagne de faire des heures supplémentaires. Pour eux celà signifie clairement que vous êtes un mauvais salarié (ouvrier, employé ou cadre). Même les cadres allemands pointent et à partir de 18h grand maximum il n'y a plus personne dans les bureaux, par contre à 9h grand maximum tout le monde est au bureau. Oh, je vais au travail en train et en tram pour un trajet de 40 min soit 80 minutes par jour que je mets à profit pour lire ou regarder un doc sur mon smartphone ou discutter avec mon compagnon. Je pourrais aller au travail en voiture (20 min soit 40 min aller-retour) mais je n'ai aucune envie de m'agacer et de perdre mon temps en voiture sur l'autoroute ou de me retrouver dans un emboutaillage. Sinon j'aime beaucoup votre blog.

Laisser un commentaire: