Simplifier : connaissance de soi, désir d’idéal et liste de l’immatériel

29.03.2015
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Quand j'ai commencé à simplifier, mon objectif était simple : arrêter de dépenser chaque semaine pour acquérir des possessions matérielles (surtout des vêtements et des produits de beauté) qui n'amélioraient pas ma vie sur le long terme. Remplacer ce "shoot" éphémère de plaisir de l'achat par une joie durable. 

Seulement, cet objectif est comme une bouée en pleine mer. Si au bord de l'eau on peut croire qu'elle est toute proche, on se rend compte qu'au final il va falloir ramer et louvoyer plus que l'on avait prévu. 

Simplifier en faisant moins de shopping m'a fait gagner beaucoup de temps : essentiellement celui passé dans les magasins. 

Par contre, ce voyage vers la simplification et le minimalisme a pour moi un travers : le temps qu'on passe à réfléchir sur l'achat s'étend et on a tendance à penser davantage aux choses qu'avant. Un peu paradoxal quand on pense que le but au final, c'est de vivre pleinement au lieu de posséder et consommer !

La conclusion que je tire de cette expérience, c'est que simplifier prend du temps. Il ne suffit pas d'un grand tri pour vivre de façon minimaliste. 

D'abord, c'est un processus de connaissance de soi : il faut réapprendre à identifier précisément nos goûts et notre mode de vie. Par extension, il est beaucoup plus facile ensuite de choisir les nouveaux achats à effectuer. 

C'est une démarche qui peut paraître un peu narcissique mais en fait, apprendre à bien se connaître permet ensuite de ne plus tergiverser quant à l'achat d'un futur objet. Je vous conseille à ce sujet "L'art des listes", de Dominique Loreau (encore elle!), un ouvrage qui va beauoup plus loin dans la connaissance de soi que le titre ne le laisse paraître. 
 
Ensuite, je crois que c'est une vraie clef pour moins et mieux acheter, il faut dissocier l'idéal de vie que la promesse d'achat d'un objet dégage de la valeur intrinsèque de l'objet. 
 
Par exemple, en cosmétique, il est facile de se laisser charmer par les valeurs qu'une marque, par l'idéal de vie qu'elle renvoie. 

Si je prends un exemple personnel, les produits de la marque Aesop me font tous très envie, non pas par leur qualité mais plutôt par l'image qu'ils renvoient : de beaux packagings élégants, des compositions "naturelles", une impression d'authenticité. Les boards de Pinterest remplis de belles salles de bain avec deux ou trois flacons Aesop trônant sur l'évier ne m'ont pas aidée à me débarasser de ces désirs.

Ce que j'ai envie d'acheter en acquérant ces produits, c'est la promesse d'une salle de bain hyper minimaliste et du mode de vie qui va avec. 

En regardant la composition de leurs produits, je me suis rendue compte que cette marque ne correspondait pas vraiment à ce que je cherchais.

Mais l'important n'est pas là. Le problème que j'ai pointé du doigt avec cet exemple de tentation parmi d'autres, c'est que j'étais persuadé que j'adorerais cette marque avant même d'en essayer les produits. Le marketing a un vrai pouvoir sur le désir et sur l'esprit. 

Il faut être honnête avec soi-même et ne pas céder à la tentation de l'achat instantané, "médicament"et baume au coeur. Pour être capable de prendre du recul et dissocier nos vrais besoins de nos désirs d'idéal, ce qui fonctionne le mieux, c'est de se donner du temps.

Car il faut se dire que les désirs apparaissent, s'enflamment puis qu'ils s'en vont.

La chose qui fonctionne pour moi, ce sont les listes. Combiné avec l'idée que si j'achète un produit, c'est pour en remplacer un autre qui occupe déjà une fonction essentielle.

La fin de l'achat spontané ? Pas toujours. Mais pouvoir bien acheter sans temps de réflexion, cela demande de l'expérience (et une parfaite connaissance de soi, on y revient!).

Il suffit parfois de poser quelques mots sur une page blanche, de les laisser de côté durant un certain temps (qu'on fixe par avance), ou jusqu'à une date symbolique, par exemple "les prochaines vacances d'avril" ou "mon anniversaire" et voir si ce désir persiste. 

J'ai l'impression, pour moi en tout cas, qu'écrire ce désir noir sur blanc lui redonne de sa valeur concrète et lui fait perdre un peu de son aura fantasmée. Déjà, le désir diminue. 

Et surtout, le plus important à mes yeux : en écrivant le nom de ces objets désirés et en laissant de côté sa liste, on n'y pense plus et on met de côté le fantasme en lui-même. Et comme l'esprit est volatile, on oublie assez vite (pour très souvent passer à un nouveau désir). 

De cette façon, on ne passe plus son temps à se focaliser sur ces objets et sur cette recherche du bien idéal. 

Je reprends cette liste de temps à autre, quand j'y pense (et c'est incroyable de voir qu'on y pense de moins en moins), et là, j'efface ceux dont la flamme s'est éteinte. 

Sur cette liste, à côté de ces objets de désir, j'ajoute des désirs immatériels. Des rêves, des envies d'expériences, ponctuelles ou durables.

A côté, j'écris le budget dont j'aurais besoin pour réaliser cette expérience. Et au bout de la période d'abstinence d'achat fixée pour un bien matériel, je fais le bilan : ce rouge-à-lèvres ou un tiers de ce stage de surf ? 

De ces désirs matériels et immatériels mis en balance, il en ressort presqu'à chaque fois que c'est l'envie d'aventures nouvelles qui l'emporte. 

Ce sont les expériences qui comblent le coeur et l'esprit. Aucun rouge-à-lèvres, aussi beau qu'il soit, ne remplacera le goût de l'iode sur la peau et le soleil paresseux qui caresse le visage un doux matin d'Août. 

Et vous, avez-vous envie de simplifier ? Avez-vous des astuces pour cela ? 

Source Photo(s) : Lemon Coco

19 Commentaires:

  1. Merci pour cette reflexion très utile !

    C'est drôle je fonctionne aussi avec des listes d'envies ! Je vais y ranger le maquillage hors de prix que je n'achèterai jamais et autres produits que je souhaite renouveler bientôt, mes envies de lecture… régulièrement, je regarde ces mini-promesses, les compare, et 95% du temps, il finissent par disparaître de cette liste sans être passés par la case "achat" comme si rêver dessus quelques temps avait suffi à combler l'envie (sauf pour les livres !) =) 

    Des bisous !

    Amalia_Okia
    http://conseil-dabeille.blogspot.fr/

    • Pour moi cela fonctionne exactement de la même manière ! Et pour les livres, c’était la même chose avant que j’ai une liseuse. Etrangement, passer du côté électronique de la force me fait désormais davantage hésiter avant d’acheter un livre. Peut-être parce que j’achetais parfois le livre plus en tant que bel objet que pour son contenu ? Fort possible :)

      Belle journée à toi !

  2. Voilà un article pleins de bon sens ! Je viens de découvrir votre blog et il est rafraîchissant et doux. très en phase avec mon état d'esprit et mes démarches depuis 2 ans …. Il est long le chemin pour sortir des dictats inconscients dictés par notre socièté et le conditionnement subit depuis l'enfance.

     

    Bonne continuation et attendant de vous relire vite vite vite ! 😉

     

  3. Ecrire noir sur blanc une envie est une bonne façon de "mettre le doigt" sur nos désirs parfois complexes (ah, la salle de bain parfaite avec les flacons de Aesop). Moi aussi j'essaie de trouver de nouvelles habitudes pour vivre sereinement le parcours vers une vie plus simple et ancrée dans le présent. Mes désirs pour les produits et les objets résistent très rarement à une question clé: est-ce que je l'apporterais avec moi en voyage (pour les produits cosmétiques, vetements etc) ou est-ce que je l'apporterais avec moi dans ma prochaine maison (pour le reste). Si la réponse est non, l'objet est un poids. Cela marche meme pour les livres :) Enfin, voici my two cents dans la discussion…

    Bravo pour cet article inspiré Marline, et belle semaine

    • Merci pour ton commentaire et pour ton idée du voyage/déménagement, ça doit bien fonctionner, je n’avais pas pensé à me poser ces questions-là 😉

  4. Merci pour ce billet, belle journée

  5. Hello :)

    Oui, j'ai toujours été comme ca aussi : le nombre de bons de commande remplis qui sont passés à la trappe :) :) :)

    Là où j'ai toujours des achats compulsifs par contre, c'est dans la catégorie CD/DVD/Livres. J'essaye de me raisonner, de temporiser en mettant par exemple les articles en liste d'envie (sur Amaz*** par exemple ca marche bien) mais il arrive un moment où, fatalement, je vais craquer.

    Reste que c'est bien la seule chose où je craque : je n'achète que très très peu de vêtements, je ne me maquille quasiement jamais et je n'accorde que peu d'importance au marketing produit (plutôt à la composition, du coup, j'ai une salle de bain minimaliste :)) Donc on va dire que je gère plutôt bien.

    Ce qui n'a pas toujours été le cas. Surtout quand j'avais de l'argent à dépenser :) Alors là, c'est fou comme on peut craquer vite fait bien fait sur tout et n'importe quoi !!!

    Merci en tout cas de nous raconter ton cheminement 😉

     

    • Merci pour ton commentaire :) 

      Pour les livres/CD/DVD, pourquoi ne pas essayer de plus dématérialiser ? Par exemple acheter de la musique en ligne, s’abonner à des sites où tu peux visionner des séries/films ou encore acquérir une liseuse (j’étais une grande réfractaire avant, aujourd’hui je ne me plus m’en passer) ?

      Belle journée à toi !

  6. Réflexion très intéressante, merci beaucoup! C'est marrant, j'ai l'impression que c'est une phase par laquelle beaucoup de personnes passent quand elles simplifient leur vie: d'abord, le matériel, l'épure, le rêve d'une maison désencombrée, le "high" de se débarrasser des objets en trop. Puis, la redescente sur Terre, quelques temps plus tard, lorsqu'on se rend compte que les habitudes d'achat en elles-mêmes n'ont pas tant changé que ça, et/ou qu'on se retrouve à passer autant de temps (voire plus) à penser aux objets et aux habitudes de consommation. Et j'ai remarqué que cette phase déclenche un autre questionnement – est-ce que la simplicité ne passe que par le tri d'objets? 

    Je sais que je suis passée par ces phases, et j'ai l'impression qu'avec les années, les personnes autour de moi ou sur la blogosphère ont l'air d'avoir un cheminement équivalent (probabement très différent pour chaque personne, mais avec une similitude de ces phases).

    La phase de la connaissance de soi, pour moi c'est la phase suivante. Celle où la simplicité aide à se redécouvrir. C'est ce que je vis en ce moment. Après avoir enlevé les couches d'objets, les couches de certains conditionnements sociaux, publicitaires etc., les couches de comportements d'achat, de connaissance de soi 'matérielle' (c'est à dire son style, ses goûts, son éthique de consommateur), ce qu'il reste, finalement, c'est une version "mise à nu" de soi. Et la conséquence, j'ai remarqué personnellement, c'est que j'ai renoué avec des passions, des envies, des projets, des activités que j'avais "oubliées" en étant prise dans la vie quotidienne,a la rapidité et la pollution visuelle et sonore ambiante. Du coup, je suis tellement prise par ces envies-là (d'écrire, de jouer du violon, de lire…) que je ne pense plus tellement aux objets ou à d'éventuels achats, ou, en tout cas, beaucoup moins qu'avant. Peut-être est-ce là une solution possible au problème du temps passé sur le matériel: trouver quelque chose d'autre à quoi tu préfèrerais passer ton temps?

    • Oui c’est vrai, je me trouve également dans cette phase où je bascule de « l’avoir » à « l’être ». Pour moi, les désirs d’achat reviennent par phase ; il peut y avoir quelques semaines/mois où je n’ai besoin de rien puis les semaines suivantes où je dois un peu plus batailler contre ces envies. D’ailleurs, j’ai remarqué que c’est souvent au moment des changements de saisons que cela arrive. Comme toi, j‘ai aussi repris des passions délaissées et l’attention portée aux achats grignote de moins en moins de temps. Et cette liste d’immatériels que je tiens m’aide beaucoup dans ce sens :)

    • Oh c'est très gentil d'avoir pensé à moi mais comme je suis un peu débordée, je vais passer mon tour pour cette fois 😉

       

  7. J'ai adoré cet article. Je viens de découvrir ton blog par Friendly Beauty. J'adore ta façon d'écrire, très douce et poétique. Merci pour l'inspiration :)

    Oh et tu voudrais le faire où ton stage de surf si ce n'est pas indiscret?

    • Merci beaucoup à toi de t’être arrêtée par ici !

      Cet je surferai dans le Finistère sud, là d’où vient ma famille maternelle :)

  8. un article encore intéressant …même très intéressant parce que c'est justement ce projet que je suis en train d'entreprendre …j'avoue qu'il me faudra toujours du temps et des envies pour le peaufiner et surtout pour qu'il ait un sens ….

    professionnellement , je "kiffe" ce que je fais …donc , le truc maintenant , c'était de savoir ce que je voulais sur le plan perso…pour simplifier un peu plus ma vie et mon quotidien , j'envisage de ne plus acheter de cd et dvd …mais pour me tenir au courant des dernières actualités , je surfe sur le web , je regarde les chaines musicales et m'installe sur le canapé quand un film est susceptible de me plaire qu'il soit récent ou pas….ainsi , je ne m'encombre pas de choses inutiles et surtout je garde mes euros pour pouvoir me faire plaisir et en profiter …dernièrement , j'ai acheté un gel exfoliant chez mon esthéticienne….je pense à mon bien-être personnel et je ne ressens aucun sentiment de culpabilté….

    voilà pour mon idée

    A bientôt

  9. Je suis d'accord avec toi ce qui compte le plus à mon sens ce sont les expériences humaines. Au travers des voyages, d'un sport ou d'une activité artistique, d'un repas entre amis, au détour d'une conversation imprévue. Je suis prête à me serrer la ceinture pour toutes ces expériences là plutôt que pour l'acquisition de quelque chose que tu ne partages avec personne et qui n'est qu'un shoot éphémère. Rien ne me fait plus plaisir qu'un week end loin de chez moi.

  10. J'ai d'abord été attirée par le titre que j'ai trouvé très joli ! J'aime beaucoup ton écriture et ton projet ! Simplifier est un combat très compliqué je trouve. D'une part contre soi-même et ses instincts, d'autre part contre la société de consommation qui nous pousse à posséder toujours plus. Je suis contente de t'avoir découverte et je compte suivre avec plaisir ton parcours vers le minimalisme !

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