Le shopping

18.06.2013
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Aujourd'hui, le shopping est-il  un loisir à part entière ?

Habitant depuis peu de temps à Paris, j'ai le sentiment que le mode de vie de la capitale peut rapidement se tourner vers une certaine bipolarisation : travail la semaine et shopping le week-end. Ici, il y a des magasins partout : on ne peut pas sortir de chez soi sans se retrouver face à une boutique. Vrai dans les autres villes, encore plus vrai à Paris. J'ai l'impression que la consommation est partout : dans le métro, les gares, dans les rues, les musées … même à Notre-Dame de Paris !

En comparaison avec d'autres villes, j'ai ce sentiment d'être sollicitée sans arrêt en tant que consommatrice. Et pour l'amoureuse des belles choses que je suis, je dois parfois me faire violence pour résister à acheter ce dont je n'ai pas besoin. 

Parfois, j'ai l'impression que vivre à Paris pourrait se résumer à ça : travailler beaucoup la semaine pour dépenser le week-end. Comme si on se récompensait de ces 5 jours de dur labeur par l'achat. Si on y réfléchit, aujourd'hui le shopping est bel et bien devenu une activité à part entière. Et quand on y pense, c'est un peu absurde. Ce qui n'était avant qu'une tâche, quelque chose qu'on devait faire pour subvenir à ses besoins, est devenu un mode de vie et de penser.

Consommer n'est plus un acte, c'est désormais une activité.

Si la question du "Comment cela est-il arrivé ?" est passionnante, je ne prétends pas en avoir les réponses. C'est, pour moi, l'interrogation "Comment dépenser de l'argent/consommer peut-il être un une activité, épanouissante qui plus est ?" qui se pose réellement. 

Il y a quelques temps, passer un samedi entier à faire du shopping était pour moi la promesse d'une très bonne journée. Un plaisir qui se fanait bien vite une fois les étiquettes enlevées. Avec du recul, je me demande comment j'ai pu considérer le shopping comme une activité de plaisir. D'autant plus que souvent, du plaisir, je n'en retire que très peu entre la foule, l'attente, le temps et l'énergie utilisés et l'argent gâché bien sûr.

Alors j'essaye de stopper ce mécanisme, de résister. Je devrais acheter pour combler mes besoins et une fois ceux-ci acquis, arrêter. Puis ensuite seulement acheter pour renouveler.

Mais cet objectif est loin d'être simple à atteindre. En ce qui concerne les soins beauté, le maquillage, les vêtements, dur de résister aux sirènes du marketing : une dizaine de mascaras qui sortent tous les ans, des soins révolutionnaires chaque mois, des nouvelles collections de maquillage à chaque saison … 

La société où nous vivons a transformé la consommation en une activité de loisir. Et le refus de consommer est aussi devenu un acte de résistance.  

Une des solutions pour moi, c'est déjà, tout simplement, d'éviter les magasins autant que possible. Ne pas y entrer "juste pour voir ce qu'il y a". Pour chacun, il y a beaucoup d'autres activités plus enrichissantes : il faut les chercher et les trouver. Lire, être créatif, se fixer des défis : apprendre à jouer d'un instrument, ouvrir un blog, apprendre à dessiner, profiter de la beauté d'un parc, faire des photos, … Une journée consacrée à la consommation est une journée gâchée. 

Aujourd'hui, pour moi, éviter les magasins n'est plus vraiment une difficulté. Mais le problème pourrait se déplacer à cause d'internet. Est-ce le glissement du shopping IRL vers le shopping numérique ? Possible. Certes, il y a moins de foule mais cela prend autant de temps sinon plus. D'autant qu'il est plus facile d'éviter les rues commerçantes que d'appuyer sur une touche de son clavier. Mais si la volonté est là, peut-être pas ?  

4 Commentaires:

  1. Ton article est vraiment super! :)

  2. C'est vrai que le marketing est extrêmement performant à nous donner envie de dépenser notre argent pour des objets dont nous n'avons pas besoin. A la lecture de ton article, j'ai eu le plaisir de découvrir que inconsciemment j'évitais déjà au maximum les rues marchandes, d'une parce qu'en effet ce sont des lieux de fatigues diverses et de stress, et puis parce que j'essaie de consommer moins. Il n'empâche que si nous nous mettons tous à n'acheter que ce dont nous avons vraiment besoin, c'est la crise financière du capitalisme en mal de pouvoir d'achat. Malheureux dilemme que le choix entre les défilés de mode et ceux des grèvistes qui luttent pour leur emploi.

    • Oui, il est clair qu'il vaut mieux éviter les grands axes marchands. Malheureusement, à Paris, c'est plus difficile d'y échapper : à partir du moment où tu es intra-muros, c'est presque impossible d'éviter les boutiques.

      Je ne pense pas que que si nous achetons seulement ce que nous avons besoin, cela provoquera une crise financière. Je crois que la clef c'est surtout de ne pas acheter des vêtements/objets en tous genres à un prix faible et donc d'une mauvaise qualité. Si on se recentre sur des produits d'une meilleure qualité – donc plus chers – on peut au contraire redynamiser toute une économie. Et c'est un cercle vertueux : plus de qualité, moins de dépenses à long terme mais plus de valeur accordée au produit et donc de meilleures conditions de production et de meilleures matières premières. 

      Je pense notamment à cette initiative http://www.maisonstandards.com/fr/content/9-notre-diff%C3%A9rence : des vêtements de très bonne qualité, produits en Grèce, au Portugal ou en France et à un prix correct. Je crois qu'il faut d'extraire d'un certain fatalisme qui voudrait qu'on ne peut rien faire. C'est certain qu'il est plus simple d'aller acheter un T-shirt au premier H&M qu'on voit. La solution d'une meilleure consommation n'est pas si utopique qu'on voudrait nous le faire croire :) .

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