La Pluie l’Automne

16.11.2014
|

Vendredi. 8h05. Des gouttes fines viennent s'écraser avec violence sur les carreaux. Puis, de la douceur, et c'est presque de la tendresse, comme une larme salée qui viendrait rendre visite à une vieille amie, cette joue flétrie si souvent enlacée. Les gouttes coulent, courent et roulent sur la transparence. 

Le doigt est posé sur la fenêtre, à la fois si proche et si loin de ces éphémères divinités de l'entresaison ; ces mois qui viennent après la disparition des blés murs, ceux-là qui font les tâches de farine sur les tabliers – et qui collent le miel dans les cheveux – et les chapeaux de paille qui volent au vent, non donc, pas celle-là disais-je, celle qui arrive juste après. Celle de la lumière de feu qui semble vouloir s'éterniser le soir, avant la nuit, "quelques instants encore", semble-t-elle dire, avant de disparaître sous la promesse prochaine de l'engloutissement dans les ténèbres de l'hiver gelé. 

La peau, fine et chaude, vient récompenser l'heureuse gagnante d'un effleurement doux sur le verre froid. 

Face à ces reines de pluie, la vapeur rosée de l'infusion a décidé que la course, c'était vertical ou ça n'était pas. A quelques pas de la fenêtre, une maille épaisse et feutrée, d'un gris un peu triste, mais délicat en même temps, réchauffe le corps.

Quelques mots et quelques notes de l'op.nº64 de Chopin, celui qui commence lentement mais qui ensuite accélère vite très vite trop vite, qui fait battre le coeur quand le corps, engourdi par une étreinte cette fois-ci un peu plus glaciale que les autres, tombe dans une douce léthargie, celle du " ne plus rien faire rien penser se laisser porter ". 

Un regard au miroir. Et cet instant ; la morsure du froid comme une caresse glacée au-dehors ; au-dedans le liquide brûlant sur les lèvres puis à l'intérieur du corps, comme une langue de feu qui ravit la gorge, les poumons, l'estomac.

Et les notes de piano qui se joignent au clapotis cadencé de la pluie. Et le tout qui forme un tableau un peu romantique, partagé entre la joie et la mélancolie ; parce que ces deux-là sont comme des âmes soeurs séparées, si proches de coeur malgré l'apparence de l'éloignement. Et puis un peu de bonheur aussi, celui, fugace, aérien, distant, mais qu'on touche du doigt, là, maintenant, quand la dernière note de Chopin s'écrase et vient mourir, à son tour, sur le verre fumé.

Source Photo(s) : Pinterest

Laisser un commentaire: