De l’éthique

24.06.2013
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"It’s about saying there is something morally wrong about having a swimsuit or dress that costs the same as a cappuccino"

Suzy Menkes, journaliste de mode

 

La démarche de simplicité est forcément liée à la recherche d'une plus grande qualité des vêtements. Si l'on veut pouvoir garder ses vêtements plusieurs années de suite, il est nécessaire de se focaliser sur la qualité de ceux-ci afin qu'ils résistent aux lavages et qu'ils restent tels qu'au premier jour. 

Malheureusement, en tentant de rechercher des vêtements de qualités faits de matières nobles et résistantes, j'ai rapidement constaté une chose. Si l'on veut avoir une pièce de qualité, il faut y mettre le prix. A quelques exceptions près – je pense à deux robes Zara que je possède et qui résistent lavages après lavages -, cela vaut pour toutes les pièces d'une garde-robe (la problématique inverse "un prix élevé est-il toujours synonyme de qualité ?" fera l'objet d'un prochain article).

Mais selon moi, la question se pose aussi en termes éthiques.

Pour reprendre la journaliste de mode Susy Menkes, je pense qu'il est important de s'interroger sur notre comportement de consommateur : "il y a quelque chose qui n'est pas très moral quand on peut acheter un maillot de bain ou une robe qui coûtent le prix d’un cappuccino". Nous vivons dans des sociétés riches où l'abondance règne en maîtresse absolue. Parmi cette abondance, la fast-fashion nous propose des habits à des prix dérisoires.

En partant de cet état de fait, un recul critique est nécessaire. Si je peux acheter un maillot de bain à 5 euros, alors comment cette marque fait-elle pour vendre ce vêtement à ce prix ? Et que sacrifie-t-elle pour afficher ce prix sur l'étiquette ? On peut facilement trouver des débuts de réponses à cela, même si la question est infiniment plus complexe. D'abord, à 5 euros, peut-on réellement espérer avoir une matière dont la qualité puisse résister au temps et aux lavages ? La réponse est clairement négative. 

Evidemment, cela va plus loin que le souci matériel de posséder un objet de qualité. Ce dont il est question ici, c'est le du prix du travail nécessaire à la fabrication de la pièce. Bien sûr, les standards salariaux ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Mais, à 5 euros (et en comptant le prix de la matière première), comment penser que la personne salariée qui a fabriqué l'objet a été décemment payée ? Cela fait écho au récent drame survenu dans l’usine de Rana Plaza au Bangladesh, qui n'est de fait que l'arbre qui cache la forêt.

Je pense à cet article de Margot sur la venue des magasins Primark en France. Même si le sujet n'était pas celui traité ici (elle trouve dommage que les mêmes magasins puissent se trouver aujourd'hui dans toutes les capitales européennes, ce sur quoi je suis assez d'accord avec elle), les réactions à son article m'ont interpellé. En effet, beaucoup se réjouissaient de l'arrivée de Primark en France, paradis des affaires à tout petits prix. 

Personnellement, lors de mon voyage à Londres, je n'ai pas aimé ce magasin. C'est pour moi, encore plus que H&M, un endroit où l'on achète parce que les objets sont à un prix dérisoires et non parce que l'on a besoin de quelque chose. Primark incarne ce que j'essaie de changer dans ma consommation ; le plastique règne en maître et les prix sont ridiculement bas. Là encore, quelles conditions de fabrication pour que l'on puisse acheter un mug cupcakes à 2 £ ?

Sans vouloir tomber le piège d'une moralisation culpabilisatrice, il est peut-être intéressant de se demander si l'on a vraiment besoin de ces choses. Ou si le prix affiché sur l'étiquette n'est pas l'unique guide de nos envies de shopping.

La recherche de simplicité à travers la qualité, c'est aussi s'interroger sur son comportement de consommateur. Aujourd'hui, l'acte de consommation est aussi un geste de réflexion éthique. Autant en prendre conscience : consommer moins c’est aussi essayer de consommer mieux.

3 Commentaires:

  1. Malheureusement, même si on se pose les bonnes questions, et qu'on est plein de bonne volonté pour payer plus cher par éthique et pour la qualité, si le porte monnaie ne suit pas, c'est peine perdue. Et c'est clairement là dessus que comptent H&M et compagnie…

    • Bien sûr, c’est le triste constat que je fais en début d’article, il faut maintenant débourser beaucoup d’argent pour obtenir un vêtement de qualité. Cependant je pense qu’il est possible de trouver un compromis achat de qualité/prix. Je pense à certaines marques comme Maje, Sandro, The Kooples et autres dont les prix sont proprement scandaleux ! Cependant ces marques sont avant tout tournées vers la tendance et non vers la création de pièces basiques. De l’autre côté, je pense à des marques comme Petit Bateau, Armox-Lux ou Maison Standards (ce schéma explique bien les choses http://www.maisonstandards.com/fr/content/9-notre-diff%C3%A9rence) qui sont des marques qui privilégient la qualité, la coupe du vêtement et les conditions de fabrication au fait de coller à la tendance de la saison. 

      Evidemment cela reste cher : je suis étudiante, je comprends donc ce que tu dis. Mais je pense qu’intervient là la notion d’investissement dans sa garde-robe. Ne vaut-il mieux pas acheter un T-shirt à 25 euros, intemporel, de qualité, qui résiste, plutôt qu’un T-shirt à 5 euros à H&M qui rétrécira au bout de 3 lavages ? Mettre 25 euros dans un T-shirt peut paraître beaucoup mais au final, cela reviendra moins cher de dépenser plus pour une pièce que de racheter la même pièce de moindre qualité plusieurs fois. 

  2. C'est bien ça le truc, je suis d'accord avec toi, mais on est bcp à ne pas avoir 25€, et le pire c'est que ce n'est pas juste un t-shirt dont on a besoin. Le jour où c'est une paire de chaussures ou un manteau en laine, c'est impossible pour beaucoup !

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